🔄 MISE À JOUR — 25 septembre 2026 : On pensait le feuilleton Paramount + Warner proche de son générique de fin. Raté. La juge fédérale chargée du dossier a refusé d’approuver immédiatement l’accord conclu avec les douze États américains et demande des éléments supplémentaires avant de se prononcer. Le cliffhanger est donc validé : la série Paramount + Warner vient officieusement d’être renouvelée pour une saison 2. → Aller directement au nouveau rebondissement
Il y a des rachats qui ressemblent à des lignes dans un tableau Excel. Et puis il y a ceux où, arrivé au bout de la liste des propriétés concernées, on commence sérieusement à se demander si quelqu’un n’a pas activé le mode fusion dans Hollywood.
Paramount Skydance et Warner Bros. Discovery sont sur le point de former un ensemble valorisé autour de 110 milliards de dollars. Après plusieurs mois de bataille juridique, Paramount a trouvé un accord avec la Californie et onze autres États américains qui cherchaient à bloquer l’opération pour des raisons de concurrence.
Le verrou judiciaire saute donc. Et derrière les milliards, les avocats et les communiqués corporate, il reste la seule question qui nous intéresse vraiment ici : qu’est-ce que ça va changer pour les films et les séries que l’on regarde ?
Paramount + Warner : un catalogue complètement foutraque
Commençons par mesurer la bestiole.
D’un côté, Paramount apporte notamment Paramount Pictures, CBS et Paramount+. De l’autre, Warner Bros. Discovery amène Warner Bros., HBO, CNN, DC et tout un catalogue de films et de séries accumulé depuis des décennies.
Autrement dit, on ne parle pas simplement de deux studios qui mettent leurs bureaux en commun. On parle d’un acteur capable de peser simultanément dans le cinéma, les séries, le streaming, la télévision et l’information.
Et forcément, quand deux entreprises de cette taille se rapprochent, la première crainte est assez évidente : moins de concurrence peut aussi vouloir dire moins de choix, davantage de pouvoir dans les négociations et, à terme, des décisions créatives dictées par les économies d’échelle.
C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles l’opération a été contestée aux États-Unis.
30 à 32 films par an : Paramount a désormais des comptes à rendre
Le plus intéressant dans l’accord conclu avec les États américains, c’est qu’il ne se contente pas d’autoriser le rapprochement en échange d’une poignée de promesses vagues.
Pendant les deux premières années, le nouvel ensemble devra sortir au moins 30 films en salles par an. Ce minimum doit ensuite passer à 32 films annuels pendant les trois années suivantes.
Paramount s’engage également à augmenter d’au moins 300 millions de dollars par an ses dépenses de production cinématographique aux États-Unis par rapport au niveau de 2025, soit au minimum 1,5 milliard supplémentaire sur cinq ans.
Et ce ne sont pas uniquement des objectifs posés au milieu d’un PowerPoint : des sanctions financières sont prévues si les quotas de sorties ne sont pas respectés.
Sur le papier, c’est plutôt une bonne nouvelle pour les salles. À une époque où l’on passe notre temps à discuter de la fréquentation du cinéma, obliger l’un des plus gros acteurs du marché à alimenter régulièrement les écrans a quelque chose de franchement intéressant.
Mais quantité ne veut évidemment pas dire qualité.
Sortir trente films par an ne garantit ni trente bons films, ni trente prises de risques, ni même trente raisons de décoller nos fesses du canapé.
Plus de films… mais combien de vraies prises de risques ?
C’est ici que le dossier devient beaucoup moins simple.
Paramount affirme que la fusion permettra de financer davantage de projets et de renforcer sa capacité à concurrencer les autres géants du divertissement. Les opposants au rapprochement craignent au contraire qu’une concentration supplémentaire réduise les opportunités pour les créateurs, les petites sociétés et les productions qui ne rentrent pas parfaitement dans les cases d’une grosse franchise mondiale.
Les deux lectures ne sont pas incompatibles avec les informations dont on dispose aujourd’hui : un groupe plus puissant peut effectivement financer davantage de productions tout en concentrant davantage le pouvoir de décision.
Et c’est probablement là qu’il faudra surveiller Paramount dans les prochaines années.
Parce qu’entre Batman, Superman, Harry Potter, Game of Thrones et toutes les autres licences capables de faire fonctionner la machine à produits dérivés, suites, séries et spin-offs, la tentation de jouer la sécurité sera forcément énorme.
Une industrie du cinéma remplie de grosses licences peut parfaitement produire des bangers. Le problème commence lorsque la licence devient la condition nécessaire pour qu’un projet ait le droit d’exister.
Et HBO dans tout ça ?
C’est probablement l’un des points qui m’intéresse le plus.
HBO possède encore une identité particulièrement forte. Pendant des années, le nom a presque fonctionné comme une promesse : on ne savait pas nécessairement ce que l’on allait regarder, mais on savait qu’il y avait de fortes chances que quelqu’un ait eu le droit de prendre son temps et de faire autre chose qu’un produit calibré par algorithme.
Le vrai test ne sera donc pas de savoir si HBO continue d’exister sur un organigramme.
Il sera de voir si HBO conserve suffisamment d’autonomie pour continuer à ressembler à HBO.
Même chose pour Warner Bros. Pictures et DC Studios. Une fusion réussie ne consiste pas à coller tous les logos sur la même porte et à demander ensuite à tout le monde de fabriquer exactement la même chose.
Le streaming va forcément être l’autre gros chantier
Paramount+ d’un côté, HBO et l’écosystème streaming de Warner de l’autre : difficile d’imaginer que tout cela reste éternellement séparé sans rationalisation.
Pour le spectateur, ça peut aller dans deux directions complètement opposées.
La première serait plutôt séduisante : davantage de contenus réunis dans une offre plus lisible, moins d’applications et potentiellement moins d’abonnements à empiler.
La seconde l’est beaucoup moins : une concentration qui permettrait à un acteur devenu incontournable de contrôler davantage ses prix, ses fenêtres de diffusion et la disponibilité de son catalogue.
Pour l’instant, inutile de jouer à Madame Irma. Ce sont les décisions prises après l’intégration qui permettront de juger le résultat.
Six milliards d’économies : le chiffre qu’il ne faut pas oublier
Parce qu’au milieu des promesses de films supplémentaires, il y a aussi un autre nombre qui mérite de rester affiché quelque part dans un coin de l’écran : 6 milliards de dollars.
C’est le niveau de synergies et d’économies que Paramount avait associé au rapprochement, notamment grâce aux doublons dans les fonctions administratives, financières, technologiques et les infrastructures.
Traduit du dialecte corporate vers le français courant : lorsqu’on fusionne deux mastodontes qui possèdent chacun leurs équipes, leurs services et leurs plateformes, tout le monde ne conserve généralement pas deux fois le même poste.
Les engagements de production peuvent donc protéger une partie de l’activité créative sans faire disparaître les inquiétudes concernant l’emploi et la concentration du secteur.
Alors, bonne ou mauvaise nouvelle pour le cinéma ?
Pour l’instant : beaucoup trop tôt pour distribuer les bons et les mauvais points.
Les engagements obtenus sont loin d’être anecdotiques. Trente puis trente-deux films par an, davantage d’argent injecté dans la production et des pénalités en cas de non-respect donnent au rapprochement des obligations concrètes que l’on pourra vérifier.
Mais elles ne répondent pas à toutes les questions.
Combien de ces films seront réellement originaux ? Combien prendront des risques ? Quelle place restera-t-il aux budgets intermédiaires ? Que deviendront HBO et les autres marques fortes du groupe ? Et surtout : est-ce que le spectateur aura réellement davantage de choix, ou simplement davantage de contenus provenant du même propriétaire ?
C’est ça que je veux observer.
Parce qu’Hollywood n’a probablement pas besoin d’un nouveau logo géant pour être sauvé. Il a besoin de films qui donnent envie d’aller en salle, de séries qui osent encore surprendre et de studios capables de miser de temps en temps sur autre chose qu’une franchise dont le dernier épisode possède déjà trois spin-offs annoncés.
Paramount vient de mettre la main sur une sacrée boîte à jouets.
Maintenant, il va falloir voir s’ils jouent avec… ou s’ils se contentent de ranger toutes les figurines dans la même boîte.
Bretzel de merle.
Paramount + Warner, saison 2 : le juge n’a pas encore dit oui
On pensait avoir atteint le dernier épisode. Paramount avait trouvé un accord avec la Californie et onze autres États américains, le principal verrou judiciaire semblait prêt à sauter et David Zaslav évoquait encore une finalisation de l’opération au plus tard début octobre.
Sauf qu’Hollywood adore les cliffhangers.
Le 24 septembre, la juge fédérale Araceli Martínez-Olguín a décidé de ne pas approuver immédiatement le règlement. Elle n’a pas rejeté l’accord non plus : elle veut disposer de davantage d’éléments avant de décider si le consent decree peut être validé.
Parmi les éléments désormais sur la table figure notamment une lettre du sénateur Cory Booker demandant au tribunal d’examiner l’accord sous l’angle de l’intérêt public. La juge a demandé aux parties d’y répondre avant le 28 septembre à midi, heure du Pacifique, et indiqué qu’elle rendrait sa décision « en temps voulu ».
Donc soyons précis : la fusion Paramount + Warner n’est pas annulée et l’accord avec les douze États tient toujours. Mais contrairement à ce que l’on pouvait penser après son annonce, son approbation judiciaire n’est pas encore acquise.
Ça ne change pas les questions développées dans cet article sur HBO, DC, le streaming, la production ou les 6 milliards de dollars d’économies envisagées. En revanche, ça change une chose importante : le générique de fin n’a toujours pas commencé.
Saison 2, donc. Et vu le rythme auquel ce dossier nous balance des rebondissements, je ne prends aucun pari sur le nombre d’épisodes.
Sources consultées
Sources consultées : Reuters — Conditions de l’accord avec les États américains | Reuters — Réactions et critiques de l’accord | The Hollywood Reporter — Engagements de Paramount à Hollywood | Los Angeles Times — La juge reporte sa décision sur l’accord





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